Ils ont réalisé un road trip vraiment hors du commun en reliant Mar del Plata en Argentine à Brest, le tout à bord de leur Combi Volkswagen de 1982. La symbolique est d’autant plus forte quant ont apprends qu’Iris est originaire d’Argentine et que Franck est un breton. Ainsi, ce couple a relié ces deux pays en effectuant un peu plus de 75 000 kilomètres, en traversant 25 pays, usé pas moins de quatre moteurs, bravé un incendie et surtout fait des milliers de belles rencontres ! Iris et Franck étant les plus à même de raconter les faits les plus marquants de ces deux années passées sur la route, laissons-leur la parole.

Amerikando_1« Nous sommes Iris et Franck, un couple franco argentin et depuis près d’un an nous réalisons notre rêve : conduire notre Combi VW depuis l’Argentine jusqu’en France.

On a toujours voulu faire un grand voyage, il ne nous restait plus qu’à trouver le véhicule et le bon moment. La lune de miel est vite apparue comme étant le prétexte parfait et le choix du véhicule a été très facile : un Combi VW, synonyme de liberté et évocateur de souvenirs d’enfance pour Iris, quand ses parents l’emmenait passer le dimanche à la plage au volant d’un Combi bleu.

Notre Combi a la particularité d’avoir été assemblé en Argentine, pays où il a été produit durant les années 1980. C’est un Bay Window sorti d’usine en 1982, muni du traditionnel moteur de 1600 cc. Il se distingue des Combi brésiliens, mexicains ou allemands par un curieux mélange de pièces de carrosseries : la partie avant a tout d’un combi « moderne » (T2B), mais les portes latérales et la partie arrière proviennent des premiers Combi Split. Nous l’avons acheté quelques mois avant notre départ, après de longues recherches effectuées dans la province de Buenos Aires.

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Nous avons passé plus d’un mois à le préparer et nous avons surtout travaillé sur la partie intérieure car il nous fallait transformer le véhicule d’un maçon en un Combi prête pour un long voyage. On l’a fait simple, mais cependant avec toute l’attention de ceux qui savent que c’est là qu’ils vont désormais vivre.

C’est parti !

Le grand jour est finalement arrivé. Le jeudi 26 mars 2009, en début d’après midi, toute la famille d’Iris était sur le pas de la porte, l’émotion était vive. Notre plan d’alors était de rouler jusqu’à New York et de revenir en moins de 9 mois… Sur la route numéro 2, celle qui file vers Buenos-Aires, on sentait que seul l’infini nous attendait.

Amerikando_3Et pourtant… 147 kilomètres plus tard, en arrivant au premier péage du voyage, la transmission est restée bloquée. Impossible de passer les vitesses ! Nous avons dû passer notre première nuit de voyage sur le bord de l’autoroute, à attendre le jour suivant, que le père d’Iris vienne nous donner un coup de main. C’était le début d’une dure phase d’apprentissage : plein d’enthousiasme mais aussi d’ignorance, nous étions partis sans de solides connaissances en mécanique, avec un moteur en mauvais état, et le Combi s’est chargé de nous apprendre qu’il ne fonctionnait pas comme ça.

Quand le drame survient…

Amerikando_4Six jours plus tard, nous faisions notre entrée au Brésil. Sur les coups de 9 heures du matin, nous nous arrêtons à une station essence pour faire le plein et comme de coutume au Brésil, le pompiste remplit le réservoir au maximum, rajoutant un ou deux litres après que la pompe ait sauté. Avant de démarrer, nous jetons un œil au moteur et constatons que de l’essence goutte au sol. Nous appelons le pompiste et lui montrons ce que nous venons de voir. « Ne t’en fais pas, c’est un peu d’essence qui a débordé ; tu peux démarrer tranquille ». Et c’est ce que nous avons fait, sans réfléchir ! Le Combi a pris feu immédiatement. Le tuyau de ventilation du réservoir était percé et l’essence pleuvait sur les bougies, la batterie… Il nous a fallu de longues minutes et trois ou quatre gros extincteurs pour venir à bout de l’incendie.

Amerikando_5Quand la fumée s’est dissipée, le spectacle était dantesque ! Le Combi plein de poudre blanche, l’intérieur en partie calciné, la peinture brûlée, toutes les pièces en plastique fondues… Sur le coup, on a bien cru que le voyage était fini. Pourtant, le destin nous a envoyé au garage de Fabio, Peixe et Anderson et avec eux, en moins d’une semaine, nous avons réparé et repeint le Combi ! La première épreuve du voyage nous a aussi apporté le premier enseignement : tout a une solution !

Trois jours plus tard, c’est la boîte de vitesses qui a rendu l’âme. La réparation nous a coûté une fortune et a financièrement compromis la suite du programme mais ce fut la dernière panne avant bien longtemps. A partir de ce moment là, nous avons traversé le Brésil de part en part, sans encombre. Florianópolis, Rio de Janeiro, Salvador de Bahia… Autant de noms synonymes de paradis terrestres que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

L’Amazone, une véritable mer intérieure

Amerikando_6A Belém, notre route a rencontré l’Amazone, le plus grand fleuve du monde, si grand que l’on dirait parfois un océan. A son embouchure, aucun pont ne saurait le franchir et il nous a fallu chercher un bateau. La remontée du fleuve a duré 7 jours et nous en avons pris plein la vue. Couchés dans nos hamacs, nous regardions la forêt amazonienne défiler, les yeux grands ouverts. Nous sommes arrivés à Manaus sans problèmes et de là, nous avons pris la route du Venezuela. Chemin faisant, nous avons croisé la ligne de l’Equateur. C’était le 12 mai 2009 et le jour même nous passion le kilomètre 10 000 de notre aventure !

Au Venezuela, la maîtrise de la langue aidant, nous avons pris contact avec les clubs VW de toutes les villes où nous passions et partout, l’accueil a été formidable. A Mérida, une ville perchée dans les Andes, le président du club local nous a embrassé et nous a dit une parole qui nous n’étions pas prêts d’oublier. « Vous allez voir, VW, ce n’est pas une marque, c’est une famille ». Toute la suite de notre voyage n’est autre que la confirmation de cette phrase.

Amerikando_7Après le Venezuela, nous avons découvert la Colombie, un pays qui nous effrayait un peu au départ mais qui s’est vite transformé en notre pays sud américain préféré. Des paysages somptueux, une mer cristalline et remplie de poissons multicolores, une nature généreuse et un peuple on ne peut plus chaleureux : on est tombés amoureux ! C’est aussi là que nous devions franchir un des plus grands obstacles du voyage : le bouchon du Darien (tapon du Darién). En effet, la route panaméricaine est coupée et le passage de la Colombie au Panamá nécessite l’usage d’un bateau très coûteux. Le club VW de Santa Marta a fait tout son possible pour nous aider mais nous avons dû payer le prix fort. Cependant, la traversée fut un des moments les plus magiques du voyage : embarqués dans un voilier, nous avons vogué d’île déserte en île déserte, passant nos journées sous les cocotiers ou à faire de la plongée sur les bancs de coraux.

Nos photos, un trésor pour poursuivre notre rêve

Amerikando_8Cette semaine inoubliable nous a presque fait oublier que nous arrivions au Panama avec les poches pratiquement vides. Bien décidés à poursuivre notre rêve, nous avons alors commencé à imaginer des moyens de générer nos propres revenus. Amateurs de photographie, nous avons commencé par vendre des photos des plus beaux paysages d’Amérique Latine et grâce à cette idée, nous avons pu commencer à gagner notre autonomie. Sans que l’on ne sache pourquoi, c’est le moment que la combi a choisi pour refaire des siennes : alors que l’on roulait près de la côte avec des amis, le moteur s’est mis à perdre de l’huile dans une proportion jamais vue auparavant, nous obligeant à verser plus de deux litres d’huile additionnelle afin de regagner Panama City.

Amerikando_9Une fois sur place, notre premier réflexe fut de chercher un club VW et c’est ainsi que nous avons fait la connaissance de Samuel et de toute la bande du club VW addiction. Des gens en or, comme à chaque fois que nous rencontrons un nouveau club ! Samuel a examiné notre moteur puis a livré son verdict : il faut changer le bloc et reconstruire le moteur ! Nous avons senti le sol se dérober sous nos pieds mais il a aussitôt ajouté « Ne vous en faites pas, payez les pièces, moi je me charge du boulot ». Comment le remercier ? Nous avons passé deux semaines avec Samuel et les gens du club et nous sentons que certains des amis que nous nous sommes faits là bas sont comme des amis d’enfance, on a l’impression de les connaître depuis toujours ! Grâce à eux, nous avons pu poursuivre notre route à travers les pays d’Amérique Centrale.

Au Costa Rica, nous avons assisté au Volkfest, la réunion annuelle de tous les clubs VW d’Amérique Centrale et encore une fois, nous avons fait des centaines de rencontres, recevant des invitations dans tous les pays centre américains. A la fin de l’évènement, nous avons pris une photo avec toutes les personnes présentes. Les gens riaient et s’embrassaient et dans nos têtes, la phrase de notre ami vénézuélien résonnait « VW, ce n’est pas une marque, c’est une famille ».

Amerikando_10Au Nicaragua, au Honduras, au Salvador puis au Guatemala, nous avons vu des paysages magnifiques. Des villes coloniales sublimes et des volcans incroyables, comme le Pacaya, au Guatemala, où nous avons pu aller si près de la lave que nous aurions pu la toucher. Les semelles de nos chaussures ont même fondu dans l’aventure ! Nous avons aussi découvert des sites mayas grandioses, comme à Tikal, où nous avons senti tout le poids d’une histoire millénaire.

C’est aussi à cette époque que nous avons créé de nouveaux objets pour générer nos propres revenus : des colliers faits main, des cartes postales, des autocollants… Chaque station essence est l’occasion de vendre et à partir du Guatemala, nous sommes devenus 100% autonomes !

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Le Mexique et son amour pour les Volkswagen

Le 8 octobre 2009, nous sommes entrés au Mexique, loin d’imaginer l’incroyable fête que nous allions y vivre. Dès les premiers kilomètres, nous nous sommes rendu compte que nous étions au pays des VW classiques. Les Coccinelles, les vochos comme les appellent les mexicains (qui y ont été assemblées jusqu’en 2004) sont partout et chaque ville importante compte plusieurs clubs VW. Invités par le club Volks GDL, nous avons décidé de prendre la direction de Guadalajara, la deuxième plus grande ville du Mexique, où allait bientôt se tenir le Vochorama, le plus grand évènement VW d’Amérique Latine.

Amerikando_12Nous ne pourrons jamais oublier l’accueil qui nous a été donné. Au siège du club, une cinquantaine de personnes nous attendaient avec des cris de joie, des applaudissements, des bières fraîches et de la viande grillée ! Juan, Hugo, Moe, Jésus, Oscar, Alex, Arturo, Cheko, Luis, Alma, Paty… La liste est tellement longue ! On a tout de suite senti que nous étions en train de nous faire des amis pour toute la vie et c’est sûrement ce que ce voyage nous apporte de mieux. Le Vochorama fut un succès énorme puisqu’il y avait près de 1 000 voitures présentes. Le public a répondu en nombre et ce fut une grande fête populaire.

Quelques jours plus tard, alors que nous faisions connaissance avec les autres clubs de la ville, nous nous sommes rendu compte que notre moteur avait beaucoup de jeu et que si nous voulions poursuivre le voyage sans encombre nous ferions mieux de le reconstruire. Le travail réalisé au Panamá nous a permis de continuer mais il avait visiblement été mal fait… Pour faire face au coût de la réparation, Juan a lancé la création de tee shirts Amerikando.com et nous avons pu payer sans difficultés ! Depuis ce jour, nous avons roulé 10 000 kilomètres sans aucun problème mécanique sérieux.

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Après Guadalajara, nous étions attendus dans tout le Mexique.
A chaque ville où nous arrivions, les clubs locaux nous accueillaient comme des frères. Nous avons participé à de nombreux événements qui nous ont permis de mettre de l’argent de côté et de continuer à côtoyer de gens formidables qui sont autant d’exemples d’hospitalité et de gentillesse pour le reste de nos vies.

Paradoxalement, la nécessité a contribué à donner toute sa dimension à ce voyage car en étant obligé de générer nos revenus, nous devons nous arrêter et aller au-delà des gens.

Nombreux sont ceux qui nous ont invité à passer la nuit chez eux, à boire un café ou partager un repas. Notre Combi nous permet de rencontrer des gens formidables, il attire les regards et les sympathies, c’est clairement le centre de notre voyage et sans lui, tout serait très différent.
Amerikando_14Non seulement les mexicains sont formidables mais en plus, leur pays est magnifique. Les paysages naturels sont superbes et comme en Europe, le patrimoine historique d’exception est protégé et mis en valeur. Guanajuato, San Miguel de Allende, San Luís Potosí, Real de Catorce… Autant de lieux magnifiques qu’on ne saurait que trop vous recommander.

Au Mexique plus que jamais la phrase de notre ami vénézuélien prenait tout son sens. La famille VW du Mexique nous a traité comme des fils et nous a tellement donné que nous avons du mal à savoir comment la remercier. Au-delà de toutes les marques de sympathie et des embrassades reçues, notre Combi sort de ce pays avec une galerie faite par Oziel, un membre d’un club de Ciudad Victoria, une caisse sur mesure réalisée par Gerardo, de Monterrey, un GPS offert par Mario, également de Monterrey, une tapisserie intérieure achetée par Juan, de Guadalajara… Et à chaque fois, la même motivation « pour vous aider à réaliser votre rêve ».

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En route pour les Etats-Unis

Au moment d’entrer aux Etats-Unis, à la mi novembre, la nostalgie était donc énorme. On avait beaucoup d’appréhension car on savait que c’est un autre monde, plus riche mais aussi plus individualiste que l’Amérique Latine. C’était sans compter sur la famille VW, très bien organisée au pays de l’oncle Sam ! Nous nous sommes vite inscrits sur les principaux forums recensés sur le web, et grâce aux contacts noués nous avons pu trouver des personnes en mesure de nous accueillir le temps d’une étape. Chez Tricia à Austin, Chez Robb et Sonja à Dallas, Chez Rick à Memphis, chez Kim et PJ à Nashville, chez Charlie à Washington DC et finalement chez Manny à New York, la ville que nous voulions tellement découvrir et qui nous faisait rêver depuis l’enfance : partout, nous avons rencontré des gens incroyablement gentils et avons pût goûter à la chaleur d’un foyer.

Elargir son horizon…

Amerikando_16Nous pensions faire l’aller retour Buenos-Aires New-York en 9 mois mais il nous a fallu 10 mois rien que pour arriver à la Grande Pomme. Au départ, nous avions peur de voyager trop longtemps car nous ne savions pas comment notre aventure allait être perçue par les futurs recruteurs mais finalement, en voyant tout ce que ce voyage nous apporte et en constatant la manière dont il nous arme pour la vie, nous avons décidé d’aller jusqu’au bout du rêve et de tout faire pour aller en Asie et poursuivre jusqu’en France, là où nous nous installerons après l’aventure. Pour nos familles, la nouvelle n’a pas été des plus faciles mais comme toujours, ils sont à 100% derrière nous.

Amerikando_18Nous sommes restés un mois à New York et une fois de plus, nous y avons fait des rencontres inoubliables. Manny, qui nous a logé pendant un mois et tous les amis du Long Island VW Club qui ont tellement fait pour nous aider sont désormais des amis que nous ne pouvons pas ne pas revoir dans le futur. C’est grâce à eux et à tous ceux que nous avons rencontré sur la route que nous avons pu réaliser la première partie de notre rêve : rouler jusqu’à New York.

Nous sommes repartis le 22 janvier, avec la Floride et tout particulièrement Miami en ligne de mire. Là bas, nous avons vécu notre premier évènement VW nord américain et nous avons rencontré notre messie. Alors que nous avons passé des jours entiers à chercher un sponsor, une simple rencontre lors du Volksblast (un des principaux évènements VW du Sud Est américain) nous a donné le coup de main tant attendu. Joe Orriols est le directeur de Bullseye, une entreprise de peinture en poudre très active dans le secteur automobile et lorsqu’il nous a dit comme ça « je vais vous payer l’essence jusqu’en France », on ne pouvait pas le croire. Mais c’est pourtant ce qui nous est arrivé ! Et non seulement Bullseye va nous apporter un appui financier en échange de publicité mais en plus, ils ont repeint notre Combi !

Amerikando_21Dès lors, la route de la France semble plus que jamais accessible. Bien sûr, il nous reste encore à trouver de quoi payer le bateau (très coûteux) et tout n’est pas joué mais avec l’aide de notre Combi et de toutes les rencontres qu’il nous permet de faire, on sait qu’on va y arriver ! »

Retrouvez la suite des aventures du road trip Amerikando sur BeCombi et en version intégrale sur www.amerikando.com. Enfin, pour les plus passionnés d’entre vous qui souhaiteraient connaître tous les détails du voyage d’Iris et Franck, nous vous recommandons la lecture de leur livre baptisé sobrement « Amerikando, les routes de la liberté ».